Netécologies

By admin - Last updated: mercredi, janvier 12, 2005 - Save & Share - Leave a Comment

Les artistes et acteurs des réseaux ont expérimenté différentes formes de production, d’inscription et d’archivage de leur travail qui répondraient de façon équitable à une économie en réseau, quand ce qui importe devient également son processus de création et le réseau lui-même. Sa forme, et chacuns de ses strates, ou état devient ainsi précieux dans le même temps que les productions qui utilisent des formes réseaux, restent actives ou réactivables, potentiellement ouvertes à de nouvelles évolutions, recompositions, réappropriations et interprétations.


Le passage aux technologies numériques a posé le problème d’une contradiction entre régime de propriété et la possibilité pour chaque lecteur de devenir narrateur, chaque utilisateur, producteur.
Au delà du canon de l’auteur dans le régime juridique de la propriété intellectuelle, les modes d’écriture, de collecte d’informations, de classement, de traitement des données et d’accès en ce qui concerne les productions participatives et collaboratives en réseau se révèlent ainsi des champs d’expérimentations politiques, économiques, culturels et artistiques.

De la même façon que lecture et écriture sont deux activités poreuses pour lesquelles les passages de l’une à l’autre sont continus, utilisation et production de documents et de formes numériques se confondent dans la pratique quotidienne de l’Internet. Le passage de formes d’archive sous forme physique à des formes numériques a vu la multiplication de producteurs d’archives en ligne.
De nombreux systèmes décentralisés de dépôts de logiciels, textes et projets particulièrement innovants, ont été créés en parallèle du développement de logiciels libres, qui donnent accès aux étapes d’élaboration des logiciels et textes déposés, leurs versions successives et à tout le processus de conception et de développement.

Il en est de même pour les réseaux peer-to-peer, réseaux dynamiques et décentralisés d’échanges de fichiers, sur lesquels chaque utilisateur connecté devient à la fois dépositaire de l’archive et coopérateur de sa mise à disposition. De fait plus un document est partagé, plus rapidement est-il téléchargeable.
Les formes de ces archives témoignent de réflexions qui ont été conduites sur des pratiques techniques, inclues sur des plans d’expériences sociales des réseaux et informées des nouvelles problématiques que ceux-ci engagent en matière d’économies culturelles.

La question de l’accès, autant présent que futur, est donc devenu primordial dès la conception d’une production. Il ne s’agit plus de l’accès du public à un objet ou document physique, mais plutôt de l’œuvre au public.
Le caractère extrêmement fluctuant de la technologie informatique, avec l’apparition et la disparition rapides des matériels, logiciels, langages, protocoles, etc., rend cet accès précaire.
Ainsi, les créations sous licenses libres – c’est-à-dire dont la libre consultation, distribution, reproduction et modification sont possibles – ou disponibles dans des formats informatiques dits ouverts – dont les caractéristiques techniques sont documentées et le code source accessible et pouvant être reprogrammés, modifiés, mis à jour, ou retrouvés, défendent une conception d’accès et de transmission inconditionnée.

Aussi, le foisonnement des productions numériques étant tel, qu’il faut mobiliser une multiplicité de moyens d’accès à ces archives. Les fichiers sont ainsi accompagnés de données concernant leur structure, contenu, etc., ou métadonnées, qui peuvent être éditées par les utilisateurs, qui y associent mots-clés et autres informations taxinomiques pour qu’une indexation précise et pertinente soit possible en fonction du contexte de publication, de mise à disposition, d’archivage.
La taxinomie peut être partagée et évolutive, croiser classifications institutionnelles, professionelles et ainsi spécialisées selon les secteurs d’appel, ainsi qu’amateurs – on a inventé le terme de folksonomy pour décrire les ensembles catégorisés par les utilisateurs en dehors des institutions. Ainsi des productions déposées en ligne sont accessibles de manière à la fois transversale et contextualisée.

Ce modèle de dissémination est spécifique aux échanges à l’intérieur d’un réseau, groupe ou projet et au delà. S’y trouvent combinées méthodes de synthèse et de filtrage, fonctions de moteurs de recherche, d’« agents intelligents », de veille informationnelle – terme par lequel nous entendons une attention, notamment de manière systématisée, à une série de phénomènes, thèmes – et les outils de syndication qui tirent parti des possibilités de dissémination et de décentralisation du réseau.

La syndication permet les échanges automatisés de publications, le croisement de références, l’indexation de sélections de sources informationnelles, la production de fichiers textuels ou sonores composites, sur la base de systèmes d’aggrégation de données dont il existe de nombreuses plateformes qui en donnent des indexations différentes.
Les fils de syndication proposés sur de nombreux sites renouvellent les systèmes de publication en ligne mises à jour manuellement, les informations passant instantanément d’un site à l’autre, d’un support à l’autre de façon disséminée. Une publication peut être reçue sur un site, par un logiciel sur le bureau d’un ordinateur personnel, sur du matériel mobile. Elle a pu être archivée dans une base de données sous forme de fichier à télécharger, activée à partir d’un téléphone portable, provenir d’une liste de discussion, etc.
Ces formes de circulation sur le net, et la tendance de chaque publication en ligne, archive, à relayer à une autre, rendent lisible une part de l’histoire de nos modes de représentation, et les renouvellent.

Ces technologies ont transformé les relations que nous entretenons avec les médias – le terme de syndication désigne à l’origine la vente d’articles par les journalistes, chroniqueurs ou dessinateurs à plusieurs journaux à la fois – pour lesquels publication, diffusion, et réception procèdent de plus en plus souvent d’une seule opération qui se divise alors sur de nouvelles actions, sélection, indexation, filtrage, annotation…
Fils de syndication, réseaux p2p et systèmes de suivi associent, dissocient, recomposent des ensembles informationnels, et rompent la linéarité des médias dits traditionnels. L’archive numérique est dés lors devenue paradoxalement un lieu de vie, un point nodal d’une “écologie” du réseau.

Anne Laforet, 08/2005.

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